Changements climatiques, feux et leurs implications pour certaines espèces

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Par Tanya Samman et Alina Fisher, co-éditrices Environnement Sciences de la terre

Epilobium angustifolium

L’épilobe en épi, Epilobium angustifolium, est l’une des premières plantes à coloniser les zones fraichement brûlées dans la forêt boréale. Photo : Alina C. Fisher

Le rôle du feu dans les écosystèmes forestiers

Les feux de forêt sont puissants et dévastateurs. Mais ils sont également nécessaires pour le renouvèlement de certains écosystèmes.

Plusieurs plantes sont très bien adaptées au feu; certaines espèces d’arbres possèdent une écorce dense ou se débarrassent des branches basses afin de les aider à survivre au feu, tandis que les graines d’autres plantes ont besoin du feu afin de germer. Certains animaux comme les chevreuils fuient les zones qui ont brûlé pour trouver un habitat plus convenable, tandis que d’autres espèces comme certains coléoptères, les engoulevents, les pics bois et les ours recherchent les zones récemment incendiées.

Grâce aux changements climatiques, on anticipe que les feux de forêts seront plus sévères et affecteront des surfaces plus importantes. La saison durera également plus longtemps et il y aura plus d’ignitions d’ici 2050. Ce ne sont pas des bonnes nouvelles pour les espèces qui ne sont pas adaptées au feu car elles auront plus de difficulté à survivre.

L’étendue du feu près de Fort McMurray

L’étendue du feu près de Fort McMurray au nord de l’Alberta en 2016. Photo : Jason T. Fisher, utilisée avec autorisation.

Le rôle que joue la gestion des feux

Le débris ligneux au sol

L’accumulation de débris ligneux au sol est un combustible pour les feux de forêt. Photo CC0

Les humains sont également affectés par les feux de forêt, surtout ceux qui vivent près ou dans des zones boisées, ou qui utilisent les forêts pour des activités récréatives. Une des choses importantes à considérer est l’effet que les activités de gestion des feux a sur la façon dont une forêt réagit au feu. Ressources Naturelles Canada mentionne que la gestion des feux comprend la planification des feux, la prévention de ces feux et la lutte contre ces feux afin de protéger les personnes, les biens et les ressources forestières en utilisant divers outils comme le système canadien d’information sur les feux de végétation, la méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt, la méthode d’évaluation de la menace d’incendie de forêt, le modèle canadien des effets du feu, et le système d’analyse probabiliste des feux. Cela comprend également l’utilisation du feu pour atteindre des objectifs de gestion forestière, faunique et territoriale. Par exemple, les gestionnaires forestiers peuvent utiliser le brûlage dirigé afin d’éliminer les accumulations de charges combustibles dans les superficies forestières, améliorer les habitats fauniques, ou pour l’atteinte d’autres objectifs en matière de gestion des ressources. Ces brûlages planifiés et contrôlés constituent un outil de gestion polyvalent, souvent utilisé pour réduire le risque qu’un grand feu de végétation incontrôlable n’éclate. Toutefois, plusieurs personnes sont toujours opposées aux brûlages dirigés car certaines campagnes de sécurité publique propagent la notion que tous les feux sont mauvais. Toutes les années pendant lesquelles les humains ont empêché les feux de se produire ont causé une accumulation importantes de débris forestiers, qui sont un combustible idéal.

Les changements climatiques et le feu

Le glacier Athabasca

Le glacier Athabasca dans le parc national de Jasper en Alberta a subit des changements dramatiques suite aux changements climatiques (haut : 1917, photo par A.O. Wheeler; bas : 2011, photo par Mountain Legacy Project), ce qui affecte la disponibilité en eau au niveau régional et augmente le risque de sècheresse et de feux de forêt. Les photos sont une courtoisie de Mountain Legacy Project (CC BY-NC 4.0) et des partenaires à la Bibliothèque et Archives Canada / Library and Archives Canada

L’occurrence des feux de forêts au Canada est assez aléatoire. On remarque toutefois une augmentation généralisée de la fréquence, de la durée et de l’intensité des feux de forêt au Canada, aux Etats-Unis et partout dans le monde. On anticipe que les changements climatiques causeront des changements régionaux dans la disponibilité de l’eau, et que certaines régions deviendront plus susceptibles aux sècheresses. Ces régions seront plus susceptibles aux feux de forêts sévères. La blogueuse de Science Borealis, Dr. Sarah Boon, a écrit sur les effets de la sècheresse sur les feux au nord de l’Alberta. Malgré que les feux peuvent être attribués en partie à des gens qui sont à des endroits où ils ne devraient pas être, ou a des oiseaux astucieux comme les « faucons de feu » en Australie, le facteur qui influe le plus sur les feux est le changement climatique causé par les humains (voir le rapport A5 du GIEC publié en 2008 pour plus d’information).

Les changements que l’ont voit avec le réchauffement climatique sont beaucoup plus que des tendances météo à court terme, et ils affectent les humains ainsi que la faune; vous n’avez qu’à regarder la fonte extrême des glaciers et des banquises pendant le dernier siècle. Même si les feux occasionnels peuvent être bénéfiques pour les forêts, les changements climatiques rendent les feux plus fréquents et plus intenses; tellement que certaines espèces forestières sont incapables de s’en remettre. Comme certaines espèces sont plus sensibles que d’autres, l’augmentation de l’intensité des feux est en train de changer la composition des communautés de plantes et d’animaux.

L’impact des feux sur la faune

Les accumulations de combustibles causées par les pratiques de suppression des feux et les sècheresses causées par les changements climatiques, entrainent des feux plus chauds et plus longs que ce que plusieurs espèces forestières peuvent tolérer. Dans ces circonstances, des espèces de plantes qui ont normalement besoin du feu pour se régénérer peuvent être trop brûlées, ce qui peut stériliser la banque de graines du tapis forestier plutôt que de stimuler sa croissance.  On commence à voir ces impacts, car les forêts récupèrent plus lentement, et les espèces récupèrent différemment. Les feux extrêmes peuvent poser un risque non seulement pour la santé et le bien-être humains, mais également pour la faune. Ce n’est pas seulement le fait de fuir le feu qui importe—un chevreuil peut fuir un feu tandis qu’une salamandre ne peut pas—mais également la perte d’habitats essentiels, comme des sites de nidification pour les hiboux, ou les sites d’alimentation utilisés par les caribous. Par exemple, une espèce déjà menacée comme le caribou (surtout les sous-espèces comme le caribou des bois), peut être en mauvaise position si le lichen dont il dépend ne peut se rétablir assez rapidement après un feu. Les effets sur les espèces à risque (surtout celles qui font de longues migrations, ou celles qui ne sont pas mobiles) peuvent être sévères car les feux continuent de brûler plus longtemps et à des températures plus hautes, ce qui correspond aux projections qu’on fait des changements climatiques.

Le caribou des bois

Le caribou des bois (Rangifer tarandus caribou) est menacé, et sa situation peut devenir encore plus précaire à cause des feux qui affectent le lichen, leur principale source de nourriture. Photo : Steve Forrest, CC BY-NC 2.0

Que pouvons-nous faire?

La combinaison des changements climatiques et des feux plus fréquents peut empêcher les forêts de se régénérer, ce qui cause d’autres problèmes, comme des inondations, qui demeurent bien longtemps après que le feu est éteint. À court terme, nous pouvons autoriser plus de feux contrôlés dans certaines zones clés, ce qui aidera à diminuer la sévérité des feux lorsqu’ils se produiront. Malgré que les humains continueront de s’établir dans de nouveaux territoires et que les feux sont là pour rester, la professeure Dr. Lori Daniels d’UBC nous fait remarquer que les propriétaires de maisons peuvent agir pour réduire et atténuer les effets des feux en suivant les recommandations de FireSmart Canada, et ce même s’il ne sont pas dans des zones à risque. Parmi ces recommandations, on peut maintenir une distance minimale de 10 mètres entre un bâtiment et des combustibles non-traités comme de la végétation, retirer les combustibles au sol, la litière et les arbres au sol afin de prévenir l’accumulation de combustible, et planter des espèces qui sont moins susceptibles au feu si l’écologie de l’endroit le permet. Mais au bout du compte, les actions pour atténuer les changements climatiques sont requises pour diminuer les impacts et les risques associés au feu pour les forêts canadiennes. Donc si vous voulez aider la cause, pensez également à réduire votre empreinte carbonique.

~30~

Cet article à été traduit par Dominique Melançon. Read the original.

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