Faune en dépérissement: Est-ce que les ambitions de conservation de l’objectif 1 du Canada protègent efficacement notre biodiversité unique?

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Alina Fisher et Tanya Samman, Co-éditrices Sciences de l’environnement et de la terre  

photo par Jack Borno

Les activités humaines empiètant sur la nature. Le Glacier Skywalk dans le parc national de Jasper en Alberta, est suspendu à 280 mètres au-dessus de la vallée Sunwapta. Photo: Jack Borno/Wikimedia (CC BY-SA)

Que vous vient-il à l’esprit lorsque vous pensez aux parcs canadiens ? De vastes espaces de nature sauvage ? Un endroit où faire de la randonnée ou du camping ? Le mandat de Parcs Canada est de s’assurer que des aires naturelles soient disponibles à la fois pour l’intégrité écologique et la jouissance humaine. Mais contrairement à ce que l’on voudrait croire, la jouissance humaine peut ne pas être compatible avec l’intégrité écologique véritable, et notre utilisation du territoire à l’intérieur et à l’extérieur de ces aires protégées peut contribuer à l’extinction d’espèces.

L’utilisation du territoire en folie !

En termes de biomasse totale, les humains représentent moins de 0.01% de la vie sur terre, mais les personnes comme telles et le bétail représentent 96% de la biomasse mammalienne sur la planète, la faune sauvage composant le 4% restant. Le développement de fermes et de ranchs ainsi que l’extraction de ressources créent de plus en plus de fragmentation des habitats, abandonnant certaines espèces dans les îlots environnementaux qui en résultent. Ces différentes façons d’utiliser le territoire ont des effets qui s’additionnent de telle façon qu’ils sont nocifs pour la biodiversité.

Certains grands titres de journaux pourraient vous faire croire que le Canada fait des progrès en termes de protection d’espèces en créant de nouveaux parcs et aires protégées. Sous le régime de la nouvelle initiative du conseil canadien des parcs, l’objectif 1 du Canada, le gouvernement du Canada vise à protéger 17% de son territoire et de ses étendues d’eau douce d’ici 2020. Seulement 10.5% du territoire canadien est actuellement protégé d’une façon ou d’une autre è l’échelle nationale ou provinciale, et ce selon les catégories d’aires protégées de l’union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

C’est bien d’augmenter la quantité d’habitats et d’aires protégés, mais est-ce que l’objectif de 17% est significatif d’un point de vue écologique, ou est-ce simplement politique ? Quelle sera l’efficacité réelle de ces protections additionnelles ?

Les besoins de la faune

La qualité des territoires protégés est relative pour chaque espèce, etcertaines espèces sortiront gagnantes, et d’autres perdantes, d’une modification du territoire. Certains animaux réussissent bien sur des territoires modifiés par les humains, par exemple les loups, qui peuvent utiliser les lignes sismiques comme corridors de déplacement. Par contre, des espèces comme le caribou, qui a besoin de grandes étendues de territoire inaltéré, ou le carcajou, qui ne peut tolérer aucune activité humaine, ne réussissent pas du tout. L’habitat ne doit pas nécessairement être connecté de façon structurelle (inaltéré), mais il doit l’être de façon fonctionnelle ; la faune doit pouvoir se déplacer entre les différentes zones. La mauvaise nouvelle c’est qu’on n’est pas nécessairement doués pour maintenir la connectivité fonctionnelle.

Un pont pour les animaux, qui représente une des tentatives à connecter les habitats séparés par une autoroute, parc national de Banff, Alberta. Photo : roswellsgirl (CC BY-NC-SA 2.0)

Les gardiens du territoire

En ce moment, les territoires protégés sont désignés et gérés soit par le fédéral ou le provincial, sans aucune intégration entre les agences gouvernementales. Au niveau national, un plan est fait pour chaque parc individuellement et chacun tolère différents types de développement sur son territoire. Par exemple, le parc national de Banff comprend une ville, un réseau de sentiers multi-usages bien développé et constitue une destination touristique populaire. À l’opposé se trouve le parc national de Nahanni, qui possède une des plus importante désignation de réserve naturelle, et est relativement vierge. En plus, la protection des territoires diffère d’une province à l’autre et chaque désignation permet une variété d’usages récréatifs et de développement (comparez par exemple la réserve naturelle Siffleur avec la zone récréative de McLean Creek, tous deux situés en Alberta). Alors, avec tant d’usages conflictuels permis dans les différents parcs, l’efficacité de la protection des habitats au profit de la faune peut varier ; ceux qui permettent un usage intensif par les humains ne protègeront probablement pas toutes les espèces présentes. Est-ce que ces protections ont réellement un quelconque pouvoir ?

Le sommet Bow est bondé au parc national de Banff. Photo : daveynin (CC BY 2.0)

Un rapport décrivant la vision de conservation du Canada, préparé par le comité consultatif national (National Advisory Panel – NAP), met l’emphase sur le besoin d’avoir de grandes zones d’habitat protégé et d’en assurer la connectivité.  Le Dr. Aerin Jacob, scientifique en conservation avec l’initiative de conservation Yellowstone to Yukon (Y2Y), mentionne que ce rapport est un bon plan stratégique. « Plusieurs recommandations provenant du NAP concernent la connectivité fonctionnelle et structurelle, et que cela devrait être adopté par tous les niveaux de gouvernement. Ce qui voudrait dire que toutes les provinces et les territoires travailleraient ensemble, au plan transnational, et les provinces et territoires pourraient travailler avec le gouvernement fédéral et l’administration des terres, les organisations non-gouvernementales et les communautés. » Les organisations non-gouvernementales telles que Y2Y encourage également cette planification de conservation internationalement.

Alors, où est-ce qu’on peut camper ?

Il a été proposé de changer l’objectif des parcs actuels afin de s’assurer que l’intégrité écologique est priorisé par rapport à l’usage par les humains. Cette suggestion a du mérite s’il est question de sauver des espèces en péril, mais il existe des façons pour la faune et les humains de cohabiter à l’aide d’un mélange « d’épargne du territoire » et de « partage du territoire ». Cela peut vouloir dire que nous devons prendre la décision de sacrifier certaines aires protégées pour des fins éducatives et récréatives et la valeur que cela apporte aux humains ; par exemple, Banff reçoit plus de 4 millions de visiteurs par année, et sa popularité ne fait qu’accentuer l’idée que c’est l’endroit où aller. Ainsi, comme Banff absorbe l’activité touristique, les parcs voisins demeure pratiquement vierges, ce qui peut être bénéfique pour les écosystèmes qu’ils doivent protéger, équilibrant ultimement les bénéfices économiques du tourisme avec les bénéfices économiques des services écosystémiques.

Un des problèmes toutefois est que les zones ayant le plus d’espèces à risque correspondent aux zones où l’usage du territoire par les humains est le plus concentré. Mais le public canadien supporte vigoureusement les décisions prises sur des bases scientifiques solides. Cela doit inclure les besoins de différentes espèces, le type d’utilisation du territoire dans les environs, la connectivité requise pour les animaux qui ont besoin de plus grands territoires et les besoins socio-économiques des gens vivant dans la région. Il n’est pas facile de choisir la meilleure façon de procéder, et ce n’est pas une recette magique non plus. Comme Dr. Jacob l’indique, « la planification systématique de la conservation à l’échelle régionale et nationale est importante et une grande partie du travail reste à faire. »

La fragmentation d’habitat a un impact particulièrement marqué sur le caribou.
Photo : Andrew E. Russell (CC BY 2.0)

À la croisée des chemins

À moins qu’on ne maintienne beaucoup plus de territoire totalement protégé, on fait le choix de laisser s’éteindre certaines espèces comme le caribou, tout en laissant paraître qu’on tente de les protéger, mais en ne faisant rien pour protéger l’habitat dont elles ont besoin. Si l’on continue de dégrader la nature avec notre développement, on modifie le territoire de telles façons qui compromettront la diversité de la faune au Canada. Étant donné que nos pratiques en matière d’utilisation du territoire favorisent généralement nos besoins, il est normal d’assumer que les vaches seront peut-être les derniers grands mammifères sur la planète.

Croyez-vous que l’on peut atteindre un équilibre entre les besoins de la conservation de la faune et les facteurs socio-économiques complexes dans le contexte de l’objectif 1 du Canada ? Rejoignez la conversation : #Conservation2020.

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Cet article a été publié en anglais le 07 août 2018 à Science Borealis. Il a été traduit par Dominique Melançon.

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